Contrairement à ce que l’on peut penser, il est possible de sortir du nucléaire à très court terme. Mais c’est clair que c’est un problème plus politique que technique. Il nécessite une volonté collective forte. Le comportement de la population est la clé de la réussite, car la moitié de la consommation électrique française dépend des citoyens.
Donc imaginons… Le gouvernement, les dirigeants veulent entamer cette transition énergétique et sortir du nucléaire, combien de temps nous faudrait-il ?
Il est évident qu’on ne peut pas en sortir du jour au lendemain : coincée depuis des décennies dans l’énergie atomique, la France produit avec celle ci plus de 75 % de son électricité. Il faut tout d’abord planifier quelles centrales doivent être arrêtées et comment prévoir la transition énergétique, afin de réformer la production et surtout la consommation d’électricité dans le pays. Un vaste programme !
Tout d’abord que faut-il faire ?
Arrêter et retirer tous les réacteurs nucléaires, mais en combien de temps ?
Un autre problème, qui lui est plus rarement évoqué, est celui de la fermeture des centrales nucléaires. Après la fermeture les réacteurs ne produisent donc plus d’électricité mais ils continuent à émettre de la radioactivité très puissante car ils fonctionnent avec des substances qui émettent des rayons radioactifs durant des centaines de milliers d’années. Il faut alors ensuite les démonter : ce sont des installations géantes qui, elles aussi, émettent plus ou moins de la radioactivité.

L’évacuation des substances dangereuses ou radioactives :
La première étape du démantèlement dure environ 5 ans elle consiste à évacuer du site les matières et équipements dangereux. C’est à ce moment-là que le combustible (l’uranium) est retiré et que la radioactivité est éliminée des bâtiments.
Démarre ensuite l’étape de démontage des équipements qui ont été soumis à la radioactivité. La cuve du réacteur, est découpée par des robots car elle est très irradiante, mais il y a aussi toutes les machines ainsi que les installations à démanteler. Une étape qui peut prendre plus de 10 ans.
Pour finir, c’est le restant du site qui doit être assaini. L’éventuelle radioactivité restante est éliminée avant destruction des derniers bâtiments. Cette phase peut prendre encore quelques années.
L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) réalise ensuite des contrôles afin d’assurer que les objectifs sont bien atteints avant que le site soit considéré comme « déclassé ». Il pourra alors servir à de nouvelles activités.
Production et mise en place des infrastructures.
Pour calculer le nombre d’éoliennes nécessaires pour produire autant d’énergie que des réacteurs nucléaire, il faut d’abord présenter le type d’éolienne utilisé. En effet selon le type, terrestre ou en mer et la taille pouvant aller de 45 à 115 mètres les éoliennes n’ont pas la même puissance. Selon EDF, les éoliennes terrestres ont une puissance moyenne de 3 MW.
En 2017 les éoliennes terrestres installées en France, avaient une puissance totale de 13 GW et 24 TWh d’énergie ont été produits par ces éoliennes.

Or on observe donc que les éoliennes, ne fonctionnent pas constamment. En divisant la production totale annuelle de 24 TWh par la capacité totale de 13 GW, on arrive à un fonctionnement moyen du parc de 1850 heures dans l’année. Or une année comporte 8760 heures, on peut en déduire que les éoliennes ne fonctionnent que 21% du temps, soit environ 5h par jour.
Un aérogénérateur terrestre produit donc en moyenne 15 MWh par jour. Soit 5000 MWh par an. De plus on sait que le nucléaire français a produit 380 TWh en 2017, donc pour remplacer tous les réacteurs français, il faudrait plus 75 000 éoliennes terrestres.
Détails des calculs:
E=P*t donc t=E/P
- E: énergie produite
- P: puissance de « l’objet »
- t: temps de fonctionnement
t = 24000 GWh / 13 GW
t = 24 000 GWh / 13 GW
t = 1846 heures
- Soit Ej: énergie produite par une éolienne de 3MW en un jour.
- Ea: énergie produite par cette éolienne en un an.
Ej = 3 MW * 5 h = 15 MWh
Ea = Ej * 365 j = 5 500 MWh
Toutefois il n’existe pas encore d’éolienne offshore, les premières devant être installées à Saint-Nazaire en 2022. Toutefois, grâce aux estimations fournies par EDF et par les pays européens utilisant déjà ces technologies, on sait que les éoliennes offshore auraient un rendement meilleur que celles à terre car le vent y est plus puissant et régulier. Elles ont une puissance moyenne de 6 MW et fonctionnent 40 % du temps, soit 10 heures par jour.
Une éolienne offshore produit donc en moyenne 60 MWh par jour. Soit 22 GWh par an. De plus on sait que le nucléaire français a produit 380 TWh en 2017, donc pour remplacer tous les réacteurs français, il faudrait plus de 18 000 éoliennes offshore.
E=P*t E = 6 MW*10 h
Ej = 60 MWh
Ea = 22 GWh
Il n’est bien sûr pas question de remplacer la totalité du parc nucléaire uniquement avec l’éolien, le solaire photovoltaïque, cela n’aurait aucun sens, tous ces calculs ont été faits pour montrer la quantité astronomique d’infrastructures nécessaire.
La solution est évidemment un mix énergétique, entre les différentes sources d’énergie renouvelables: solaire, éolien, biomasse, hydraulique…
Tout ça pour dire que cette transition énergétique qui se fera via des énergies renouvelables, que ce soit l’éolien, le solaire, ou bien n’importe quelle autres énergie, va nécessiter la production de millier de structures, ce qui va bien évidemment prendre un certain temps.
Là et le problème, il faudra bien sûr produire des centaines d’usines de productions, et ensuite produire toutes ces infrastructures, mais également trouver les ressources pour fabriquer tout ça, notamment le silicium pour les cellules photovoltaïques et bien entendu ça prend du temps et de l’argent. Ensuite l’installation de ces infrastructures a un autre problème. En effet poser des milliers de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes, a forcément un impact sur l’environnement et les populations, avec une “pollution” qui peut être sonore ou bien visuelle.
Formations et nouveaux métiers.
Par ailleurs il paraît évident que la production et l’utilisation de ces nouvelles formes d’énergies va entraîner l’apparition de nouveaux emplois (ouvriers d’usine, techniciens, ingénieurs, agents de maintenance), le processus de démantèlement du parc nucléaire pourrait aussi créer de l’emploi. Cette transition énergétique serait donc une source d’emplois et également un moyen de reconversion pour les employés du nucléaire. Or ces emplois spécifiques aux énergies renouvelables nécessitent des formations comme tout autre métiers. Donc pour réaliser une telle transition il faudra développer les formations pour ces métiers mais aussi favoriser le développement des entreprises dans ce secteur.
Un choix politique, partenariats commerciaux .

Il est aussi envisageable de réduire les exportations d’électricité à destination des voisins européens. En effet, comme dit précédemment la France pratique une importante politique d’exportation de courant ce qui en fait un des pays les plus exportateurs d’électricité en Europe. Encore une fois dit plus tôt dans cette présentation, de nombreux réacteurs sont actuellement à l’arrêt, effectivement le parc nucléaire français est bien trop important et l’électricité non consommée et donc revendus aux pays frontaliers. Stopper ces exportations serait une belle économie d’énergie, réalisable rapidement.
Or aujourd’hui en cas de panne, d’accident de production d’électricité, la France peut compter sur les états voisins, alors arrêter l’exportation engendrerait probablement de nombreux problèmes d’énergie et de désaccord en Europe. De plus l’Espace Schengen donnant la liberté des échanges de marchandises, s’applique également au marché de l’électricité, La France pourrait donc proposer aux pays actuellement acheteurs d’électricité française des co-investissements d’unités de production renouvelable, afin d’alimenter les pays acheteurs et réciproquement. Cela permettrait peut-être sur du long terme de créer un réseau européen de l’électricité, dans le but de mieux gérer l’énergie en Europe. De tels échanges électriques permettrait de garder la possibilité d’importer du courant de pays européens, plutôt qu’une fin des exportations qui créerait très certainement des désaccords au sein de l’Europe. Ceci est néanmoins un vaste programme, et il faudra réaliser des accords européens sur l’énergie.
Une volonté nationale, économiser l’énergie.

Un dernier moyen pour moins produire d’électricité, c’est de moins en consommer, ça parait évident mais actuellement nous vivons dans une société très énergivore et le seul moyen de changer ça, est de changer nos comportements, nos habitudes, devenus bien trop coûteux en énergie.
- En hiver, réduire le chauffage, accepter de mieux s’habiller.
- Isoler correctement son habitation.
- Ne pas laisser les appareils en veille.
- Éteindre la lumière dans les pièces non occupées. Utiliser les ampoules à plus faible consommation.
Ce sont quelques exemples concrets pour faire des économies d’énergies mais il en existe encore plein d’autres. Or ce changement de mentalité doit se faire au niveau national, voire même européen, et bien entendu ça passe par des lois, de la publicité, la création d’écoquartiers, des financements pour l’isolation, il est vrai que cela est déjà mis en place et qu’en France nous avons, la Loi POPE du 13 juillet 2005 qui fixe la stratégie et les objectifs à atteindre, elle se base sur :
- La maîtrise de la demande d’énergie ;
- La diversification du bouquet énergétique ;
- Le développement de la recherche et de l’innovation dans le secteur de l’énergie ;
- La maîtrise des moyens de transport et de stockage.
mais nous pensons que l’on peut encore développer ces démarches afin de créer des économies à grande échelle.